Assurance emprunteur · Obligatoire ?

L’assurance emprunteur est-elle obligatoire ? Non en droit, oui en pratique

Non, aucune loi n’oblige à assurer un crédit immobilier. Mais la banque peut en faire une condition du prêt, et elle le fait presque toujours. Elle fixe alors les garanties qu’elle exige, pas le contrat : vous pouvez en choisir un autre. Et si l’assurance est refusée ou trop chère, une autre garantie peut la remplacer.

Par Boris Billon, conseiller en gestion de patrimoine · mis à jour le

0Texte de loi qui impose une assurance pour un crédit immobilier
22,15 millionsContrats d’assurance qui couvraient des crédits immobiliers en 2024
11 critèresAu plus, pour décrire les garanties que la banque exige (4 de plus pour la perte d’emploi)
93,6 %Des demandes à risque aggravé de santé ont reçu une proposition d’assurance en 2024

Economie.gouv.fr ; avis du CCSF du 26 mai 2026 ; service-public.fr ; statistiques de la convention AERAS 2024.

La réponse

Ce que dit la loi, et pourquoi la banque l’exige quand même

Aucun texte n’impose d’assurer un crédit immobilier (economie.gouv.fr). Ce que la loi prévoit, c’est que la banque peut en faire une condition du prêt. Elle définit alors ce qu’elle exige selon le type de crédit et votre statut professionnel : les garanties minimales, leur contenu, et la quotité à couvrir (service-public.fr).

Pourquoi elle l’exige presque toujours ? Parce que sur 20 ou 25 ans, le risque n’est pas que vous refusiez de payer. C’est que vous ne puissiez plus : décès, invalidité, arrêt de travail. L’hypothèque ou la caution lui permettent de récupérer le bien ou de se retourner contre un garant ; l’assurance la rembourse sans vendre le bien ni poursuivre vos héritiers. C’est aussi ce qui protège votre famille.

Une nuance compte : la banque peut exiger une assurance, pas son assurance. Depuis la loi Lagarde de 2010, vous pouvez choisir un autre contrat dès l’offre, et depuis la loi Lemoine de 2022, en changer à tout moment, à garanties équivalentes (art. L. 313-30 du code de la consommation).

Garanties

Les garanties qu’elle peut exiger, et celles qui restent facultatives

La banque écrit ses exigences dans la fiche standardisée d’information qu’elle vous remet avant l’offre : 11 critères au plus pour le décès, la perte d’autonomie, l’invalidité et l’incapacité, 4 au plus pour la perte d’emploi. Tout ce qui n’y figure pas est facultatif.

GarantiePour une résidence principalePour un investissement locatif
Décès et perte totale d’autonomieExigéesExigées
Invalidité et arrêt de travailEn général exigées pour un emprunteur en activitéSouvent pas : selon la banque, les loyers continuent de rembourser
Invalidité partielleParfoisRarement
Perte d’emploiRarement exigéeRarement exigée

Ce qu’elle ne peut pas vous imposer. Son propre contrat, si le vôtre offre des garanties équivalentes ; des frais pour le changement ; une hausse de taux en contrepartie. Elle a 10 jours ouvrés pour répondre à une demande, et doit motiver un refus. Le détail est sur notre page délégation d’assurance emprunteur.

Alternatives

Les alternatives : nantissement, hypothèque, caution

L’assurance n’est qu’une façon de garantir la banque. La convention AERAS cite les autres : un bien immobilier, un portefeuille de titres, un contrat d’assurance vie ou de prévoyance, une caution. Les banques signataires se sont engagées à les accepter quand l’assurance est refusée, si elles offrent la même sécurité, quel que soit le montant du prêt (convention AERAS). En dehors d’un refus, tout se négocie.

Garantie de remplacementCe qu’elle apporte à la banqueCe qu’elle vous coûtePour qui
Nantissement d’une assurance vieLe droit de se rembourser sur le contratPas de cotisation ; le contrat reste investi, mais bloqué jusqu’à la fin du prêtUn épargnant avec un contrat important
Nantissement d’un portefeuille, crédit lombardLe droit de se rembourser sur les titresLes titres nantis, et une marge de sécurité si les cours baissentUn patrimoine financier conséquent
Hypothèque sur un autre bienLe droit de faire vendre ce bienLes frais d’inscriptionUn propriétaire d’un bien libre ou peu endetté
Caution d’une personneUn garant qui paie à votre placeLe patrimoine du garant est engagéRarement suffisant seul
Prévoyance individuelleUn capital décès qui servira à rembourserSes cotisations, si le contrat existe déjàUn dirigeant déjà couvert à titre personnel

Le nantissement a une limite : il garantit la banque, il ne protège pas votre famille. Au décès, c’est votre épargne qui rembourse, pas un assureur. Le détail est sur nos pages crédit lombard et nantissement d’assurance vie.

S’en passer

Quand peut-on s’en passer ? Selon le prêt et le patrimoine

PrêtL’assurance est-elle exigée ?Pour aller plus loin
Crédit immobilier, résidence principalePresque toujoursDélégation d’assurance emprunteur
Investissement locatifOui, souvent limitée au décès et à la perte d’autonomieAssurance emprunteur
Prêt relaisSelon la banque ; une épargne nantie suffit souventCrédit relais sans assurance
Crédit à la consommationLe plus souvent facultative ; si le prêteur l’exige, son coût entre dans le TAEG—
Prêt professionnelEn pratique oui, et hors du champ de la loi LemoineAssurance de prêt professionnel
Prêt d’une SCIOui, sur la tête des associésAssurance emprunteur SCI

Trois situations rendent le « sans assurance » réaliste :

  • Un prêt court, un relais par exemple, adossé à une épargne ou à un bien déjà sous compromis.
  • Un patrimoine financier important : nantir une assurance vie ou un portefeuille évite la cotisation, ce qui compte surtout après 60 ans, quand l’assurance devient chère. Voir notre page assurance emprunteur senior.
  • Un refus d’assurance pour raison de santé : c’est là que l’engagement AERAS sur les garanties de remplacement joue.
Sans assurance

Sans assurance : ce qui se passe au décès, et les recours en cas de refus

Au décès d’un emprunteur non assuré, la dette ne disparaît pas. Elle entre dans la succession : les héritiers qui l’acceptent remboursent, souvent en vendant le bien. Ils peuvent aussi l’accepter à concurrence de l’actif net, ou y renoncer. Le co-emprunteur, lui, reste en général tenu de la totalité du prêt, puisque les co-emprunteurs s’engagent solidairement. Et la banque fait jouer ses autres garanties : hypothèque, caution, nantissement.

Si l’assurance vous est refusée, trois recours, dans cet ordre :

  1. La convention AERAS : votre dossier passe par trois niveaux d’examen, sans démarche de votre part. En 2024, 93,6 % des demandes à risque aggravé ont reçu une proposition.
  2. Un autre assureur : un refus chez l’un ne vaut pas chez l’autre, et certains contrats examinent d’office les niveaux 2 et 3 d’AERAS.
  3. Une garantie de remplacement : celles que les banques se sont engagées à accepter, listées plus haut.

Le détail des trois niveaux et du droit à l’oubli est sur notre page questionnaire de santé et assurance emprunteur.

Vos questions

Les questions qu’on nous pose sur l’obligation d’assurance

L’assurance emprunteur est-elle obligatoire pour un crédit immobilier ?

Non, aucune loi ne l’impose. Mais la banque peut en faire une condition du prêt, et elle le fait presque toujours. Elle fixe les garanties ; vous restez libre de choisir le contrat.

La banque peut-elle refuser un prêt sans assurance ?

Oui, c’est une condition qu’elle fixe librement. Mais si l’assurance vous est refusée pour raison de santé, les banques signataires de la convention AERAS se sont engagées à accepter une garantie de remplacement qui offre la même sécurité.

Un co-emprunteur doit-il être assuré ?

Pas forcément. La banque demande en général que le prêt soit couvert à 100 % au total. Si l’un est assuré à 100 %, l’autre peut ne pas l’être, si la banque l’accepte.

L’assurance d’un crédit à la consommation est-elle obligatoire ?

Le plus souvent, non. Si le prêteur l’exige, son coût entre dans le TAEG du crédit.

L’assurance d’un prêt professionnel est-elle obligatoire ?

Aucune loi ne l’impose, mais les banques l’exigent en pratique. Le prêt professionnel est hors du champ de la loi Lemoine : pas de changement d’assurance garanti par la loi.

Que se passe-t-il si l’emprunteur décède sans assurance ?

La dette entre dans la succession : les héritiers qui l’acceptent remboursent, souvent en vendant le bien. Le co-emprunteur reste en général tenu de la totalité du prêt.

Peut-on remplacer l’assurance par un nantissement d’assurance vie ?

Oui, si la banque l’accepte. Il n’y a pas de cotisation et le contrat reste investi, mais bloqué. Au décès, c’est votre épargne qui rembourse, pas un assureur.

Assurance refusée, trop chère, ou que vous ne voulez pas ? On cherche la garantie qui la remplace

Parlez-nous de votre projet et de votre patrimoine : on regarde ce que la banque acceptera à la place, avant de déposer le dossier.

Sources

Qui nous paie. Sur l’assurance emprunteur, Ateis Patrimoine intervient comme courtier en assurance (COA) et est rémunéré par l’assureur, par une commission comprise dans la cotisation. Ateis Patrimoine SASU, 29 rue Poliveau, 75005 Paris. ORIAS 24003722. CIF, COA, COBSP, carte T. Adhérent ANACOFI.

Boris Billon, fondateur d’Ateis Patrimoine

Boris Billon, fondateur d’Ateis Patrimoine. 10 ans en banque privée. CIF, COA, COBSP, carte T, ORIAS 24003722. Page publiée le . En savoir plus