Assurance emprunteur · COA · ORIAS 24003722

Avis du CCSF sur l’assurance emprunteur : ce qui change depuis septembre 2026

Depuis le 1er septembre 2026, les assureurs s’engagent à appliquer l’avis du CCSF du 26 mai 2026 : pas de trou de garantie si un arrêt de travail tombe pendant un changement d’assurance, une invalidité jugée sur votre métier à 66 % et 33 %, un seuil Lemoine calculé sur vos seuls crédits immobiliers. Partout au plus tard le 1er juin 2027.

Par Boris Billon, conseiller en gestion de patrimoine · mis à jour le

1er sept. 2026Début d’application, sur les nouveaux contrats et les changements d’assurance
1er juin 2027Date limite pour tous les assureurs (1er janvier 2027 pour la continuité de couverture)
66 % et 33 %Les seuils communs d’invalidité totale et partielle
Pas une loiDes engagements de la profession, dont l’ACPR peut contrôler l’application
Ce que c’est

L’avis du CCSF, c’est quoi ? Des engagements, pas une loi

Le Comité consultatif du secteur financier (CCSF) réunit des professionnels de la banque et de l’assurance, des représentants des clients et des salariés, et des personnalités qualifiées. Le 26 mai 2026, il a adopté un avis sur l’assurance des crédits immobiliers, rendu public le 24 juin.

Cet avis ne change pas la loi. Il accueille des engagements proposés par les assureurs eux-mêmes, et il donne la position du Comité sur les exclusions pour antécédents médicaux. Le ministère de l’Économie l’a confirmé le 17 septembre 2026, en réponse à une question écrite au Sénat : l’avis analyse les pratiques « sans créer de règle nouvelle », et l’ACPR peut contrôler que les engagements sont tenus.

Pour vous, ça veut dire une chose. Un assureur qui ne suit pas l’avis ne viole pas une loi. Mais vous avez un texte public à lui opposer, devant son service réclamations puis devant le médiateur de l’assurance.

Le calendrier

Le calendrier, mesure par mesure Trois dates à retenir

Tout démarre le 1er septembre 2026. Les assureurs ont ensuite jusqu’au 1er janvier ou au 1er juin 2027 pour généraliser, selon la mesure. Plusieurs sites annoncent tout au 1er janvier 2027 : ce n’est vrai que pour la continuité de couverture.

MesureContrats visésDès lePartout au plus tard
Continuité de couverture quand vous changez d’assuranceTous les contrats liés à un prêt immobilier. Pour un assuré déjà indemnisé : seulement si le nouveau contrat est souscrit sans questionnaire de santé1er sept. 20261er janv. 2027
Seuil Lemoine de 200 000 € calculé sur les seuls crédits immobiliersLes nouvelles adhésions1er sept. 20261er juin 2027
Invalidité jugée sur votre métier, seuils de 66 % et 33 %, exemple de calcul dans les conditions généralesLes nouveaux contrats1er sept. 20261er juin 2027
Décès couvert quelle qu’en soit la cause (AVC, infarctus, mort subite)Les nouveaux contrats1er sept. 20261er juin 2027
Exclusions pour antécédents médicauxPosition du Comité, sans engagement daté des assureursNon datéNon daté
Bilan : tarifs et sinistralitéL’ensemble du marchéAprès la mise en placeHorizon 2028

Source : avis du CCSF du 26 mai 2026, points 1.1, 1.2, 1.3 et 2.

Continuité de couverture

Changer d’assurance pendant un arrêt de travail : la fin des trous de garantie

Le problème était simple et brutal. Vous lancez un changement d’assurance, puis un arrêt de travail arrive avant la fin de la franchise. L’ancien assureur résilie et refuse de payer, le nouveau ne couvre pas un arrêt antérieur à son contrat. Personne ne paie vos mensualités. Le médiateur de l’assurance a traité dix-sept cas de ce type entre 2020 et 2024.

Autre piège relevé par l’ACPR : 85 des 139 contrats qu’elle a analysés prévoyaient d’arrêter les prestations à la résiliation, même pour un assuré déjà indemnisé.

Depuis le 1er septembre 2026, les assureurs s’engagent à ceci :

  • Changement pendant la franchise d’un arrêt déjà déclaré : l’ancien assureur garde ce sinistre et ses suites, y compris l’invalidité qui suit un arrêt sans interruption. Valable pour tous les contrats de prêt immobilier.
  • Rechute après le changement : le nouvel assureur la prend en charge comme un nouvel arrêt, aux conditions de son contrat.
  • Décès et PTIA : c’est l’assureur en place le jour de l’événement qui paie.
  • Assuré déjà indemnisé : l’ancien assureur continue de payer, mais seulement si le nouveau contrat est souscrit sans questionnaire de santé (loi Lemoine).

Ce qui reste à surveiller, c’est la double franchise. Sur une rechute, le nouvel assureur peut appliquer la sienne, souvent 90 jours, parfois 120 ou 180. Certains contrats ont aussi des délais de carence, jusqu’à 365 jours pour la PTIA selon le CCSF. Notre conseil : en arrêt de travail, ou avec une opération programmée, ne changez pas sans avoir comparé la franchise et la carence des deux contrats.

Invalidité et décès

Invalidité et décès : des contrats enfin comparables

L’invalidité était la garantie la plus floue du marché. Seuils différents, barèmes différents, et parfois une invalidité jugée sur « toute activité » plutôt que sur votre métier. En mai 2025, la Cour de cassation a jugé qu’une clause d’invalidité qui ne permet pas de comprendre le calcul du taux n’est pas « claire et compréhensible » (Cass. civ. 2e, 7 mai 2025, n° 23-14.896).

Pour les nouveaux contrats, l’avis fixe quatre règles :

  1. Invalidité totale à partir de 66 %, partielle à partir de 33 %. Un assureur peut faire mieux, jamais moins bien.
  2. Votre métier, pas « toute activité ». L’incapacité professionnelle s’apprécie sur votre activité au moment du sinistre. En 2024, 15 contrats sur 135 jugeaient encore l’invalidité sur « toute activité », et 7 l’incapacité.
  3. Le calcul expliqué. Les conditions générales donnent le barème utilisé, le tableau qui croise incapacité fonctionnelle et professionnelle, et un exemple chiffré.
  4. Le décès, quelle qu’en soit la cause. AVC, infarctus, malaise vagal, mort subite compris. Les exclusions légales, comme le suicide la première année, et contractuelles, comme les sports extrêmes, restent.

Un exemple. Une chirurgienne ne peut plus opérer après un accident de la main, mais elle pourrait encore enseigner. Jugée sur « toute activité », son incapacité professionnelle peut être faible. Jugée sur son métier, le même accident pèse bien plus lourd dans le taux d’invalidité.

Ce que l’avis ne fait pas : aligner l’assurance sur la Sécurité sociale. Vous pouvez être en invalidité de 2e catégorie pour la Sécu et ne pas l’être pour votre contrat.

Ce que nous avons vu en relisant les notices de notre panel en octobre 2026 : la plupart retiennent déjà 66 % et 33 %. Deux écrivent encore « plus de 66 % » à au moins un endroit. À 66 % tout rond, ce mot décide du paiement.

Seuil des 200 000 €

Le seuil de la loi Lemoine : seuls vos crédits immobiliers comptent

La règle ne change pas : pas de questions de santé si la part assurée sur l’encours cumulé de vos crédits ne dépasse pas 200 000 € par personne, et si le prêt finit avant vos 60 ans (art. L. 113-2-1 du code des assurances). Mais le texte ne dit pas quels crédits entrent dans cet encours. Certains assureurs y ajoutaient un prêt à la consommation ou un prêt professionnel.

Désormais, les assureurs ne comptent que les crédits immobiliers du 1° de l’article L. 313-1 du code de la consommation : achat, construction ou travaux d’un logement, ou d’un local mixte habitation et professionnel.

Un exemple. Un dirigeant de 45 ans emprunte 180 000 € sur 12 ans pour sa résidence principale, assuré à 100 %. Il a aussi un prêt professionnel de 150 000 €. Un assureur qui additionnait les deux arrivait à 330 000 € et posait des questions de santé. Avec l’engagement, il reste à 180 000 € : aucune question.

Deux réserves. La généralisation court jusqu’au 1er juin 2027 : d’ici là, on vérifie la pratique de l’assureur. Et tous les contrats ne prennent pas les dossiers sans questionnaire : dans notre panel, trois sur huit les refusent.

Antécédents médicaux

Les exclusions pour antécédents : le CCSF tranche, sans interdire

C’est le point le plus discuté. L’ACPR a relevé 93 contrats qui excluent les « états pathologiques antérieurs », c’est-à-dire les maladies dont les premiers symptômes précèdent l’adhésion. Dans 24 d’entre eux, l’exclusion vise aussi les assurés admis sans questionnaire de santé.

Le problème saute aux yeux. La loi Lemoine interdit de vous poser des questions sur votre santé, et le contrat exclut ensuite ce que vous n’avez pas eu à déclarer.

Le Comité estime que ces clauses « ne sont pas conformes à l’objectif poursuivi par la loi Lemoine ». Le Gouvernement partage cette analyse, dans sa réponse du 17 septembre 2026. Mais aucun texte ne les interdit, et certaines analyses juridiques y voient une simple délimitation du risque assuré.

En pratique : si vous avez adhéré sans questionnaire, lisez la liste des exclusions de votre notice. Si un sinistre est refusé pour un antécédent, l’avis et la réponse ministérielle sont deux textes à citer, devant le service réclamations puis le médiateur de l’assurance.

Contrats en cours

Votre contrat date d’avant septembre 2026 ? Ce qui s’applique, et ce qui ne s’applique pas

L’avis ne prévoit pas de réécrire les contrats existants. Voici ce qu’on peut en tirer, sans aller au-delà du texte :

  • La continuité de couverture joue quand vous changez d’assurance, quelle que soit la date de votre contrat actuel. Elle vise l’ensemble des contrats liés à un prêt immobilier, chez tous les assureurs au plus tard le 1er janvier 2027.
  • Les seuils d’invalidité, votre métier comme référence et le décès de toutes causes visent les affaires nouvelles. Votre contrat actuel garde ses conditions.
  • Un contrat souscrit en remplacement est une affaire nouvelle. C’est souvent le moyen le plus simple de profiter des nouvelles règles, si votre âge et votre santé le permettent. Le fonctionnement de la délégation est détaillé sur notre page assurance emprunteur.
En chantier

Ce que l’avis ne règle pas Les chantiers encore ouverts

  • L’équivalence des garanties et le déroulement d’un changement d’assurance. Le CCSF y travaille encore ; ces deux sujets ne sont pas dans l’avis.
  • L’alignement sur la Sécurité sociale. Demandé par les associations de consommateurs et de patients, pas retenu.
  • Un barème commun d’incapacité fonctionnelle. Pas d’accord entre assureurs.
  • L’effet sur les prix. Le bilan prévu à l’horizon 2028 suivra les tarifs et la sinistralité.
Le marché

L’assurance emprunteur en chiffres Les données 2024 publiées avec l’avis

Les demandes de changement d’assurance ont été multipliées par 2,5 depuis 2021, et presque toutes les demandes passent.

Indicateur2024Repère
Contrats couvrant un crédit immobilier22,15 millionsDonnées des bancassureurs
Cotisations6,83 milliards d’eurosDont 4,545 Md€ en décès et PTIA, 2,285 Md€ en incapacité et invalidité
Demandes de changement d’assurance496 654198 530 en 2021
Demandes acceptées par les banques93,91 %92,86 % en 2021
Part des assureurs alternatifs, crédits en portefeuille17,48 %16 % en 2021
Nouveaux contrats sans sélection médicale38,86 % chez les bancassureurs, 21,61 % chez les alternatifsFin 2024

Source : avis du CCSF du 26 mai 2026, éléments de contexte. Cotisations : France Assureurs.

Votre situation

Ce que ça change pour vous Par où commencer

Votre situationCe qui comptePar où commencer
Vous voulez changer d’assurance et vous êtes en arrêt de travail, ou une opération est prévueLa franchise et les délais de carence du nouveau contratUn premier échange, avant de lancer la demande
Moins de 200 000 € de crédits immobiliers assurés, prêt fini avant vos 60 ans, et un prêt professionnel à côtéLe prêt pro ne compte plus : pas de questions de santé, sur un contrat qui accepte ces dossiersComparer les contrats qui acceptent ces dossiers
Contrat souscrit sans questionnaire, avec une exclusion pour antécédentsCe que dit la liste des exclusions de votre noticeUn premier échange
Contrat signé avant septembre 2026, invalidité jugée sur « toute activité » ou seuil d’invalidité totale au-dessus de 66 %Un nouveau contrat applique les nouvelles règlesComparer votre contrat à un contrat récent
Prêt de SCI ou prêt professionnelLa loi Lemoine ne joue pas, et l’avis ne dit rien des prêts de société : votre contrat fixe les règlesUn premier échange
Vos questions

Les questions qu’on nous pose sur l’avis du CCSF

L’avis du CCSF de 2026 est-il obligatoire ?

Pas au sens d’une loi. Ce sont des engagements des assureurs, salués par le CCSF le 26 mai 2026. Selon la réponse ministérielle du 17 septembre 2026, l’ACPR peut contrôler qu’ils sont tenus (art. L. 612-29-1 du code monétaire et financier).

Puis-je changer d’assurance emprunteur pendant un arrêt de travail ?

Oui. Si vous changez pendant la franchise d’un arrêt déclaré, l’ancien assureur garde ce sinistre et ses suites. Si vous êtes déjà indemnisé, il continue de payer seulement si le nouveau contrat est souscrit sans questionnaire de santé. En cas de rechute, la franchise du nouveau contrat peut s’appliquer.

Mon contrat actuel passe-t-il aux seuils de 66 % et 33 % ?

L’avis ne le prévoit pas. Il vise les nouveaux contrats : dès le 1er septembre 2026 chez les assureurs qui l’appliquent déjà, chez tous pour les contrats signés après le 1er juin 2027. Un contrat souscrit en remplacement du vôtre en profite.

Un prêt professionnel compte-t-il dans le seuil de 200 000 € ?

Non. Les assureurs ne comptent plus que les crédits immobiliers du 1° de l’article L. 313-1 du code de la consommation. Dès le 1er septembre 2026, partout au plus tard le 1er juin 2027.

Les exclusions pour antécédents médicaux sont-elles interdites ?

Aucun texte ne les interdit. Le CCSF les juge non conformes à l’objectif de la loi Lemoine, et le Gouvernement partage cette analyse. Si un sinistre est refusé pour cette raison, ces deux textes se citent devant le médiateur de l’assurance.

Quand tous les assureurs appliqueront-ils l’avis ?

Au plus tard le 1er janvier 2027 pour la continuité de couverture, le 1er juin 2027 pour le reste. Un bilan est prévu à l’horizon 2028.

Votre contrat suit-il déjà les nouvelles règles ? On le lit avec vous

Franchise, carence, seuils d’invalidité, exclusions : on compare votre contrat actuel aux contrats de notre panel, sur les notices, avant de vous dire s’il vaut la peine d’en changer.

Sources

Qui nous paie. Sur l’assurance emprunteur, Ateis Patrimoine intervient comme courtier en assurance (COA) et est rémunéré par l’assureur, par une commission comprise dans la cotisation. Ateis Patrimoine SASU, 29 rue Poliveau, 75005 Paris. ORIAS 24003722. CIF, COA, COBSP, carte T. Adhérent ANACOFI.

Boris Billon, fondateur d’Ateis Patrimoine

Boris Billon, fondateur d’Ateis Patrimoine. 10 ans en banque privée. CIF, COA, COBSP, carte T, ORIAS 24003722. Page publiée le , mise à jour le . En savoir plus